Vous dirigez une PME suisse de moins de 250 postes à temps plein et vous voulez savoir si l’IA peut vraiment changer quelque chose dans votre activité — sans engager un budget de consultant que vous n’avez pas. Innosuisse propose un chèque d’innovation qui couvre 100 % des coûts d’une étude préliminaire, jusqu’à 15 000 CHF. Ce guide explique qui peut en bénéficier, comment le dossier se monte, et surtout ce qu’on ne vous dit pas en général.
1. Le chèque d’innovation Innosuisse en clair
Innosuisse, l’Agence suisse pour l’encouragement de l’innovation, finance 100 % des coûts d’une étude préliminaire sur l’innovation. Jusqu’à 15 000 CHF.
Pas un crédit. Pas un prêt à taux préférentiel. Un chèque. Vous ne remboursez rien.
L’idée est simple : permettre à une PME suisse de travailler avec un partenaire de recherche académique pour cadrer une question d’innovation. À la fin des 6 mois, vous avez une étude qui dit si l’idée tient la route, comment la développer, et quelles sont les limites identifiées. La décision de continuer reste la vôtre.
L’évaluation de votre dossier prend entre 4 et 6 semaines après soumission.
2. Conditions d’éligibilité
Trois conditions cumulatives. Toutes doivent être remplies :
- Taille de l’entreprise. Moins de 250 postes à temps plein (EPT). C’est le seuil PME retenu par Innosuisse, pas le chiffre d’affaires.
- Siège social en Suisse. Vous devez avoir un numéro IDE suisse. Une succursale suisse d’un groupe étranger n’est pas automatiquement éligible — vérifier avec Innosuisse selon votre structure.
- Délai depuis le dernier chèque. Pas de chèque accordé dans les 2 années précédentes. Si vous en avez déjà bénéficié il y a 18 mois, vous devez attendre.
Autres éléments à avoir en tête : le projet doit être un premier stade d’exploration, pas la mise en oeuvre d’une solution déjà identifiée. Innosuisse finance la phase « est-ce que ça vaut la peine d’investir ? » — pas le développement lui-même.
3. Le piège que personne ne vous dit
C’est là que beaucoup de dossiers déraillent dès le départ.
Un consultant privé ne peut pas être votre partenaire de recherche. Ce n’est pas une interprétation, c’est la loi. Le partenaire de recherche doit être reconnu par Innosuisse comme établissement de recherche au sens de la LERI : hautes écoles (art. 4 let. c), institutions de recherche à but non lucratif hors hautes écoles (art. 5), instituts de recherche fédéraux (art. 17).
Pas un bureau d’étude. Pas un indépendant spécialisé en IA. Pas une startup deeptech. Si quelqu’un vous propose de soumettre un dossier Innosuisse « avec lui » comme partenaire — c’est une erreur, volontaire ou non.
Ce qui change tout dans la mécanique du projet : vous avez besoin d’une HES ou d’une EPF qui accepte de porter le rôle de partenaire de recherche. C’est elle qui reçoit les fonds d’Innosuisse. C’est elle qui réalise l’étude avec vous.
Un consultant peut vous aider à cadrer la question d’innovation, à identifier la bonne équipe académique, à rédiger le descriptif de projet. Mais il n’est jamais le bénéficiaire du chèque, et il ne peut pas apparaître dans le dossier comme partenaire de recherche.
4. Trouver la bonne HES partenaire
C’est souvent l’étape la plus chronophage. Voici une cartographie par région et domaine.
HEIG-VD (Yverdon)
Ingénierie des systèmes, automatisation, transformation numérique des processus industriels
HES-SO Genève / HEPIA
Systèmes d’information, gestion de données, projets à interface avec le tertiaire et le bâtiment
HEIA-FR (Fribourg)
Intelligence artificielle appliquée, traitement de données, projets agricoles et agroalimentaires
HES-SO Valais-Wallis / Smart Process Lab (Sierre)
Processus industriels, intégration IA dans les opérations, cas d’usage concrets PME
HEG Genève, HEG Fribourg, HE-Arc Gestion (Neuchâtel)
Gestion d’entreprise, management de l’innovation, digitalisation des PME
ZHAW (Zurich)
IA appliquée, NLP, vision, santé, finance, logistique
Comment identifier le bon laboratoire
Chercher dans le site de la HES le labo ou l’institut qui couvre votre domaine, pas juste la HES en général. Un contact au niveau du labo (directeur de labo, chercheur senior) est plus efficace qu’un contact via le bureau de transfert de technologie en première approche.
Préparez 3–4 lignes sur votre question d’innovation avant d’envoyer un premier email. Pas un email générique « on cherche une HES partenaire ». Un email qui dit : « on produit X, on a un problème Y, on pense que l’IA pourrait Z — est-ce que vous avez déjà travaillé sur ce type de question ? »
5. Monter le dossier en 5 étapes
- Étape 1 — Cadrer la question d’innovation IA. Avant de contacter une HES, vous devez savoir ce que vous voulez explorer. Pas « on veut faire de l’IA ». Une question précise : « Est-ce qu’un modèle de détection automatique des anomalies sur notre ligne de production réduirait nos taux de rebut de façon significative ? » Plus la question est délimitée, plus le dossier sera solide.
- Étape 2 — Contact préliminaire avec la HES. Premier email ou appel. L’objectif : confirmer que la HES a les compétences sur votre sujet et qu’un chercheur est disponible dans le calendrier qui vous intéresse. Ne commencez pas à rédiger le dossier avant d’avoir ce signal.
- Étape 3 — Rédaction du descriptif de projet. C’est la pièce centrale du dossier. Vous la rédigez avec votre interlocuteur à la HES. Elle doit décrire l’objectif d’innovation, l’état de l’art, la méthode envisagée, les livrables attendus, le plan sur 6 mois et le budget détaillé.
- Étape 4 — Soumission en ligne sur le portail Innosuisse. La soumission se fait via le portail MySuisse/Innosuisse. Vous créez un compte, vous soumettez le dossier conjointement avec la HES. Les deux parties signent électroniquement.
- Étape 5 — Évaluation. Délai : 4 à 6 semaines. Innosuisse évalue la faisabilité du projet, l’adéquation PME/HES, et le potentiel d’innovation. En cas de questions, ils reviennent vers vous — prévoir de la disponibilité sur cette période.
6. Ce que demande Innosuisse dans le dossier
Le descriptif de projet doit couvrir six éléments :
- Objectif d’innovation. Ce que vous voulez apprendre ou démontrer. Formulé de façon claire, mesurable si possible.
- État de l’art. Ce qui existe déjà sur le sujet — solutions du marché, publications académiques pertinentes, limites des approches existantes. La HES prend en charge cette partie.
- Méthode. Comment vous allez procéder. Données mobilisées, outils ou modèles envisagés, protocole d’évaluation.
- Livrables. Ce que vous aurez à la fin des 6 mois. En général : un rapport d’étude, une démonstration de concept ou un prototype minimal, des recommandations sur la suite.
- Plan sur 6 mois. Découpage des travaux par phase ou par mois. Qui fait quoi — côté HES et côté PME.
- Budget détaillé. Coûts horaires des chercheurs impliqués, nombre d’heures par tâche, matériel éventuel. Innosuisse couvre les coûts facturés par le partenaire de recherche, pas vos propres heures en tant que PME.
7. Les chiffres qui rassurent
Selon une étude Innosuisse publiée en 2023 :
- 77 % des idées sont développées par les PME suite à l’attribution du chèque d’innovation
- 26 % des chèques aboutissent à un projet d’innovation standard — le palier suivant dans le dispositif Innosuisse, avec des financements bien plus importants
- 53 % des bénéficiaires travaillaient pour la première fois avec un partenaire de recherche
Ces données datent de 2023. Les tendances de fond restent valables, mais les chiffres précis peuvent évoluer d’un cycle à l’autre.
Le chiffre des 53 % dit quelque chose d’important : le chèque est souvent le premier pont entre une PME et le monde académique. Et dans la plupart des cas, ça se passe bien.
8. Les pièges à éviter
Sous-estimer le temps de cadrage
L’étape 1 prend souvent 2 à 4 semaines si vous n’avez pas encore formulé votre question d’innovation. Ne démarrez pas le contact HES avec une idée vague — vous perdrez du crédit.
Partenaire HES pas aligné sur le terrain
Certains labos sont excellents académiquement mais peu habitués à travailler avec des PME sur des projets courts et orientés résultats. Posez la question directement : « Avez-vous déjà réalisé des chèques d’innovation pour des PME dans mon secteur ? »
Descriptif trop académique
Innosuisse évalue aussi la crédibilité de l’entreprise demandeuse. Un dossier qui ressemble à un article de recherche sans ancrage terrain ne convainc pas. L’angle PME — votre réalité opérationnelle, votre problème concret — doit rester visible.
Négliger la phase post-chèque
Le chèque d’innovation est une étude préliminaire, pas un projet complet. Si les résultats sont positifs, la suite logique est un projet d’innovation standard Innosuisse — budget plus important, durée plus longue, co-financement attendu de votre côté cette fois. Anticipez cette trajectoire dès le départ.
Le chèque d’innovation Innosuisse est un des dispositifs les moins utilisés par les PME romandes, et pourtant un des plus accessibles. Pas de remboursement, délai d’évaluation raisonnable, montant utile pour une vraie étude de faisabilité.
Si vous êtes à moins de 250 EPT, siège en Suisse, et que vous n’avez pas bénéficié d’un chèque dans les deux dernières années — vous pouvez probablement y prétendre maintenant. La question, c’est de savoir si votre question d’innovation est assez bien formulée pour convaincre Innosuisse.
Si vous voulez de l’aide pour cadrer cette question avant de contacter une HES, c’est exactement ce que je fais dans le cadre de mon accompagnement IA pour PME en Suisse romande. Contactez-moi.