En un mois, j'ai sorti un SaaS et legeek.tech. Des projets que je n'aurais jamais bouclés seul. J'ai une équipe de 15 agents IA que j'ai construite de zéro. Les résultats sont là. Concrets. Mesurables.
Et pourtant, j'arrive en fin de journée, 12 à 15h derrière l'écran, avec le sentiment d'avoir rien produit.
C'est ça qui m'a fait chercher. Et j'ai trouvé un nom.
On connaît la dette technique, du code qui fonctionne mais qui reviendra dans la face dans six mois. Il y a un équivalent dans nos crânes : la dette cognitive.
Simon Willison, créateur de Datasette, deux décennies de métier, a mis des mots dessus en février :
« Je peux lancer quatre agents en parallèle et être lessivé à 11h du matin. »
Les chiffres HBR (mars 2026)
Étude sur 1 488 travailleurs :
- +40% de vitesse sur les tâches individuelles
- −40% de capacité de travail en profondeur
- +39% d'erreurs majeures sur les décisions complexes
- Seuil critique identifié : 3 outils actifs simultanément maximum
Le temps gagné est immédiatement rempli par plus de travail. Plus de capacité produit plus de pression, plus de fragmentation. Et moins de livraisons réelles.
Ce n'est pas de la faute de l'IA. L'IA fait ce qu'elle fait, elle exécute vite, elle débloque, elle multiplie la surface de travail possible. Le problème, c'est qu'on n'a pas encore appris à gérer l'énergie mentale que ça demande. On a reçu des outils de pilote de chasse sans formation au cockpit.
La Triple Dette
Margaret-Anne Storey modélise une Triple Dette : technique dans le code, cognitive dans la tête des devs, d'intention dans les artefacts qui n'existent jamais.
Sa formule : la dette cognitive vit dans les gens, c'est l'érosion de la compréhension partagée.
Traduction : l'équipe livre. Personne ne sait vraiment pourquoi ça marche.
Résistance intentionnelle
Concrètement, ce que j'essaie de mettre en place :
- Limite dure sur les outils actifs. Trois max en parallèle, pas sept fenêtres, pas 15 agents tous allumés en même temps.
- Résistance intentionnelle sur les parties critiques. L'IA pour le boilerplate, les migrations, les tâches répétitives, oui. Les décisions d'architecture, je les écris moi-même.
- Décisions documentées au moment où elles se prennent. Une ligne dans le commit. Parce que dans trois semaines, ni moi ni l'IA on se souviendra pourquoi ce choix.
On a passé deux ans à optimiser la vitesse. Il est peut-être temps d'optimiser aussi la compréhension.
Le bilan reste positif. Largement. Mais le coût existe, et le nier ne le fait pas disparaître.
Est-ce que tu sais encore expliquer les dernières décisions de ton projet, sans rouvrir le chat ?